Last Updated on 5 avril 2026 by Massimo M.
« Heroes » de David Bowie : cinq meilleurs reprises qui ont su s’approprier la chanson
Dernière mise à jour : avril 2026 | Temps de lecture : ~7 min
« Heroes » est l’une des chansons les plus reprises du répertoire rock. Depuis sa sortie en 1977, elle a traversé les décennies en inspirant des artistes venus d’horizons radicalement différents : punk, progressif, métal, avant-garde. Mais toutes les reprises ne se valent pas. Certaines se contentent d’imiter la grandeur de l’original ; d’autres, plus rares, parviennent à y trouver quelque chose de nouveau. Ce sont ces dernières qui nous intéressent ici.
« Heroes » : une chanson difficile à reprendre
La difficulté avec « Heroes » n’est pas musicale à proprement parler. L’original de 1977 repose sur une alchimie très particulière : les drones de guitare de Robert Fripp, la production en couches de Tony Visconti, et surtout la voix de Bowie qui monte progressivement du murmure à la proclamation. Ce crescendo émotionnel est presque impossible à reproduire fidèlement — et les artistes qui ont essayé s’y sont souvent cassé les dents.
Les cinq versions présentées ici ont en commun d’avoir compris cette difficulté et d’y avoir répondu par la même stratégie : ne pas imiter, mais réinterpréter. Toutes sont disponibles sur vinyle ou CD pour ceux qui, comme moi, préfèrent les supports physiques.
Les cinq meilleures reprises de Heroes — par ordre chronologique
Blondie (1980)
Enregistrement live
C’est la première reprise de « Heroes » à avoir été officiellement publiée, et elle arrive par un chemin inattendu : la face B du single Atomic, sorti en 1980. L’enregistrement provient d’un concert donné fin 1978 au Hammersmith Odeon de Londres, où Blondie interprétait régulièrement cette version en live.
Ce qui distingue cette reprise, c’est l’urgence que lui confère Debbie Harry. Sa voix, plus brute et moins théâtrale que celle de Bowie, transforme la chanson en quelque chose de plus immédiat, presque précaire. L’arrangement épuré du groupe — très éloigné de la production sophistiquée de Visconti — donne à la chanson une dimension post-punk qui n’est pas déplaisante. C’est une version qui ne cherche pas à impressionner : elle se contente d’y croire.
Nico (1981)
Nico — de son vrai nom Christa Päffgen — occupait une place singulière dans le paysage musical de l’époque. Ancienne collaboratrice du Velvet Underground, elle avait développé après sa séparation du groupe un univers solo à la fois minimaliste et hanté, aux antipodes du rock mainstream.
Sa version de « Heroes », incluse dans l’album Drama of Exile (1981), est probablement la plus sombre de toutes les reprises existantes. Sa voix grave et profondément accentuée fait disparaître toute trace d’espoir de la chanson. Là où Bowie laisse entrevoir une possibilité de transcendance, Nico ne propose que la résignation. L’arrangement, quasi-drone et dépouillé, transforme le Mur de Berlin en une métaphore d’enfermement plutôt que de résistance. Une relecture radicale, inconfortable, et totalement cohérente avec son œuvre.
Oasis (1997)
Face B de single
Le rapport des frères Gallagher à l’héritage de Bowie est bien documenté : Noel l’a cité à de nombreuses reprises comme l’une de ses influences fondatrices. La reprise d’Oasis paraît en face B du single D’You Know What I Mean?, le 7 juillet 1997, au sommet de leur popularité.
Ce qui frappe dans cette version, c’est son absence totale d’ironie. Liam Gallagher chante « Heroes » comme s’il en avait écrit chaque mot. Les guitares sont plus lourdes, plus distordues, le tout ancré dans un son résolument Britpop — mais la sincérité de l’interprétation emporte tout. C’est une reprise qui ne s’embarrasse pas de nuances, et c’est précisément ce qui la rend efficace. Dans le contexte de l’été 1997, au moment où Oasis semblait réellement invincible, elle avait une résonance particulière.
King Crimson (2016)
EP live
La relation entre King Crimson et « Heroes » est unique : c’est Robert Fripp lui-même — fondateur et guitariste du groupe — qui avait joué sur l’enregistrement original de 1977. Ces nappes de guitare suspendues qui définissent la texture de la chanson sont son œuvre. Lorsque la formation 2016 de King Crimson décide de l’inclure dans son EP live Heroes: Live in Europe 2016, il s’agit donc moins d’un hommage que d’une forme de retour aux sources.
La version présentée a été enregistrée à l’Admiralspalast de Berlin le 11 septembre 2016 — un choix de lieu manifestement symbolique — et interprétée en rappel, juste avant 21st Century Schizoid Man. Plus longue que l’original, elle laisse à la guitare de Fripp un espace considérable pour se développer, révélant des strates harmoniques que la version de 1977 ne faisait qu’esquisser. L’EP comprend également Easy Money, Starless et The Hell Hounds of Krim, et constituait une mise en bouche pour un album live complet paru en septembre de la même année.
Motörhead (2017)
Publication posthume
La reprise de Motörhead a une histoire particulière. Enregistrée en 2015 lors des sessions de Bad Magic, elle était restée dans les tiroirs jusqu’au 3 août 2017, près de deux ans après la mort de Lemmy Kilmister en décembre 2015. Elle a finalement été publiée sur Under Cöver, sorti le 1er septembre 2017 chez Motörhead Music et Silver Lining Music Ltd. — le deuxième album posthume du groupe.
La formation présente sur l’enregistrement — Kilmister, Mikkey Dee et Phil Campbell — correspond à la dernière incarnation stable de Motörhead. Entendre Lemmy chanter « we can be heroes, just for one day » sachant qu’il s’agissait de l’un de ses derniers enregistrements confère à la chanson une dimension involontairement testamentaire. L’arrangement est sans surprise très lourd, très Motörhead — mais « Heroes » est une chanson sur la défiance, et la défiance était précisément le registre naturel du groupe.
Une chanson qui résiste à tout
Si « Heroes » continue d’être reprise quarante-cinq ans après sa sortie, c’est parce qu’elle touche à quelque chose d’universel : l’idée qu’un instant ordinaire peut contenir une forme de grandeur. Les cinq versions présentées ici l’ont compris chacune à leur manière. Elles ne cherchent pas à égaler l’original — elles cherchent à trouver ce qu’il leur appartient d’y dire. Et c’est exactement ce que devrait faire une bonne reprise.
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