Last Updated on 20 août 2026 by Massimo M.
Il existe des disques qui ont une place importante dans l’histoire de la musique. Et puis il y a ceux qui racontent aussi une histoire personnelle.
Amsterdam, le maxi 45 tours qui réunit les Diaframma et les Litfiba en 1985, appartient pour moi à cette deuxième catégorie.
Ce disque est particulièrement intéressant pour qui s’intéresse à la new wave italienne, mais il l’est encore davantage pour les collectionneurs. La copie que je possède est en effet un exemplaire original de 1985 en vinyle transparent, que j’ai personnellement acheté à Florence, chez Contempo Records, en octobre 1985, après l’avoir réservé.
Plus de quarante ans plus tard, cette même copie est toujours dans ma collection.
C’est donc à la fois l’histoire d’un disque, celle de deux groupes essentiels de la scène new wave florentine et celle d’un exemplaire physique dont je peux raconter directement la provenance et les caractéristiques.
Litfiba, Diaframma et la scène new wave florentine
Pour comprendre Amsterdam, il faut revenir à Florence au début des années 1980.
La ville est alors l’un des centres les plus actifs de la nouvelle musique italienne. Autour de la I.R.A. Records et du G.A.S. Studio se développe une scène dans laquelle les Diaframma, les Litfiba, Moda et Underground Life occupent une place centrale.
La I.R.A. Records, fondée en 1984 par Alberto Pirelli et Anne Marie Parrocel, devient rapidement l’une des maisons de disques indépendantes les plus importantes de cette nouvelle scène. Sa philosophie est résumée par un slogan devenu célèbre : « nuova musica italiana cantata in italiano », autrement dit une nouvelle musique italienne chantée en italien.
Les Diaframma viennent de publier Siberia, en 1984, tandis que les Litfiba préparent leur premier véritable album, Desaparecido, qui sortira au printemps 1985.
C’est dans ce contexte que naît Amsterdam.
Une histoire qui passe aussi par la France
Pour un lecteur français, l’histoire des Litfiba ne commence pourtant pas avec leur succès commercial des années suivantes.
Le groupe découvre très tôt la scène française.
En décembre 1983, les Litfiba effectuent leur première tournée à l’étranger, avec une dizaine de dates en France, et participent notamment au festival Transmusicales de Rennes. Cette expérience contribue à faire connaître le groupe auprès du public et de la presse français.
Deux ans plus tard, en 1985, Desaparecido est publié en France par Sony France dans une version différente de l’édition italienne, avant une longue tournée internationale passant notamment par la France, la Belgique, la Suisse et l’Espagne.
Les liens entre Litfiba et la France sont donc déjà bien réels lorsque paraît Amsterdam.
Et cette histoire est encore plus intéressante lorsque l’on se souvient qu’une partie des concerts de 1985 fut partagée avec les Diaframma, y compris lors de certaines dates françaises. C’est dans ce contexte de proximité entre les deux groupes que s’inscrit la nouvelle version d’Amsterdam.
Pour un public français, l’EP peut donc être considéré comme l’un des petits documents physiques témoignant de cette période où la scène new wave florentine commençait à dépasser les frontières italiennes.
Amsterdam : la rencontre entre Diaframma et Litfiba
Le morceau Amsterdam était à l’origine une composition de Federico Fiumani et figurait sur Siberia, le premier grand album des Diaframma.
Pour l’EP de 1985, la chanson est entièrement réarrangée et enregistrée avec les Litfiba.
La version publiée sur le disque est interprétée en duo par Miro Sassolini, chanteur des Diaframma, et Piero Pelù, chanteur des Litfiba.
Les deux groupes participent à l’enregistrement de la face A, donnant naissance à une version beaucoup plus développée et élaborée que celle de Siberia.
Les crédits de l’insert permettent d’ailleurs de mesurer concrètement l’importance de cette collaboration : Federico Fiumani à la guitare, Miro Sassolini au chant, Ghigo Renzulli à la guitare, Gianni Maroccolo à la basse, Antonio Aiazzi aux claviers et Ringo De Palma à la batterie.
Il ne s’agit donc pas d’un simple morceau des Diaframma auquel un chanteur des Litfiba serait venu participer.
C’est véritablement une rencontre entre les deux formations.
Federico Fiumani lui-même a rappelé plus tard que les deux groupes se connaissaient depuis longtemps et qu’ils avaient donné de nombreux concerts ensemble en Italie comme à l’étranger. En 1985, Amsterdam fut précisément l’occasion d’enregistrer sur disque cette collaboration.
Les trois morceaux de l’EP
L’édition originale contient trois titres.
Face A
Amsterdam – 5:32
Diaframma / Litfiba
Face B
Elena – 4:17
Ultimo Boulevard – 3:49
Diaframma
Les durées indiquées ci-dessus sont celles que l’on peut lire directement sur les étiquettes de mon exemplaire.
Les deux morceaux de la face B sont des compositions des Diaframma et permettent de retrouver l’univers plus sombre et introspectif du groupe après la rencontre particulière de la face A.
L’EP constitue ainsi un petit instantané de la scène musicale florentine de 1985 : trois morceaux seulement, mais une rencontre historique entre deux groupes qui allaient devenir des références majeures du rock indépendant italien.
La couverture : La città che sale de Boccioni
La couverture d’Amsterdam mérite elle aussi une attention particulière.
L’image centrale reproduit La città che sale, le célèbre tableau futuriste d’Umberto Boccioni, réalisé entre 1910 et 1911.
Le choix de cette œuvre est particulièrement intéressant. Les couleurs, le mouvement et la représentation d’une ville en pleine transformation créent un contraste saisissant avec la sobriété graphique de la couverture.
Federico Fiumani était particulièrement sensible à l’œuvre de Boccioni, ce qui explique en partie ce choix iconographique.
Pour le collectionneur, la couverture possède également un autre intérêt.
Sur l’édition originale de 1985, l’image est entourée d’un cadre rectangulaire. Ce détail permet notamment de la distinguer de certaines rééditions ultérieures.
C’est un bon exemple d’une règle fondamentale du collectionnisme : pour identifier une première édition, il ne suffit jamais de regarder uniquement l’année indiquée sur le disque.
Le numéro de catalogue, l’étiquette, la couverture, l’insert, le format et les caractéristiques physiques du vinyle doivent être examinés ensemble.
Pour aller plus loin, j’ai consacré une guide complète à la manière de reconnaître les pressages originaux des disques vinyles.
L’édition originale de 1985
L’EP est publié par la I.R.A. Records sous le numéro de catalogue :
IR-NP XL 1004
Il s’agit d’un 12 pouces à 45 tours, commercialisé en octobre 1985.
La discographie des Diaframma confirme le numéro de catalogue, l’année, le format et la présence d’un vinyle transparent avec insert contenant les paroles.
L’édition originale est particulièrement intéressante parce qu’elle ne doit pas être confondue avec les rééditions ultérieures, notamment celles publiées par Contempo.
Combien d’exemplaires ont été fabriqués ?
C’est l’un des points les plus intéressants — et les plus délicats — de l’histoire d’Amsterdam.
Une source particulièrement importante est le témoignage de Federico Guglielmi, qui était présent aux sessions d’enregistrement du morceau et qui figure dans les crédits comme assistant à la production.
Dans son récit publié à l’occasion du trentième anniversaire du disque, Guglielmi indique que 3 000 exemplaires furent pressés : 2 000 en vinyle noir et 1 000 en vinyle transparent.
Mais une autre source apporte une information différente.
Dans un article consacré aux Litfiba des années 1980, Gianni Maroccolo parle de 5 000 exemplaires en vinyle transparent. Dans le même article, Alberto Pirelli raconte également l’existence d’une petite série de copies transparentes présentant des taches colorées.
Ces chiffres contradictoires montrent pourquoi il est préférable de ne pas présenter une seule donnée comme une certitude absolue.
La I.R.A. Records était une petite maison de disques indépendante et je n’ai pas connaissance d’un document officiel de production permettant aujourd’hui de trancher définitivement cette question.
Pour moi, la formulation la plus honnête est donc la suivante :
la première édition d’Amsterdam existe bien en vinyle transparent, mais les sources disponibles ne concordent pas parfaitement sur le nombre exact d’exemplaires produits.
C’est précisément le genre de détail qui fait tout l’intérêt de la recherche discographique et du collectionnisme.
Ma copie originale en vinyle transparent
C’est ici que l’histoire devient personnelle.
La copie que je possède est un exemplaire original de 1985 en vinyle transparent.
Je peux affirmer qu’il s’agit de l’une des copies transparentes de la première édition parce que je l’ai achetée personnellement à Contempo Records à Florence en octobre 1985, après l’avoir réservée.
Je ne peux évidemment pas dire quel était son numéro dans la production.
Le disque n’est pas numéroté.
Il pourrait donc s’agir d’une copie située très tôt dans la série ou, au contraire, d’une copie proche de la fin de la production.
Peut-être la 50e, peut-être la 999e.
Je n’ai aucun moyen de le démontrer.
Mais je peux documenter quelque chose de plus intéressant : je sais où et quand je l’ai achetée.
Plus de quarante ans plus tard, cette même copie est toujours dans ma collection.
Pour un collectionneur, cette provenance personnelle fait partie de l’histoire de l’objet.
La fiche technique de mon exemplaire
Pour distinguer les caractéristiques de l’édition de celles de mon exemplaire, voici la fiche de la copie que je possède.
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Artistes | Diaframma / Litfiba |
| Titre | Amsterdam |
| Label | I.R.A. Records |
| Numéro de catalogue | IR-NP XL 1004 |
| Année | 1985 |
| Format | 12 pouces |
| Vitesse | 45 tours |
| Face A | Amsterdam – 5:32 |
| Face B | Elena – 4:17 / Ultimo Boulevard – 3:49 |
| Support | Vinyle transparent |
| Insert | Présent, avec paroles et crédits |
| Pochette | Édition originale avec La città che sale |
| Numérotation | Aucune |
| Provenance | Acheté personnellement chez Contempo Records en octobre 1985 après réservation |
| Taches colorées | Non |
| Collection | Exemplaire personnel |
Cette fiche décrit mon exemplaire physique.
Elle ne prétend pas établir à elle seule le nombre total d’exemplaires produits lors de la première édition.







Les toutes premières copies avec des taches colorées
Il existe une variante beaucoup plus rare du vinyle transparent.
Certaines des toutes premières copies présentent en effet des taches vertes, bleues et turquoise.
Le témoignage de Federico Guglielmi est particulièrement intéressant à ce sujet. Selon Alberto Pirelli, la machine utilisée pour presser les disques n’avait pas été nettoyée après une précédente production de vinyle coloré. Pirelli aurait volontairement laissé cette situation afin d’obtenir quelques exemplaires très particuliers destinés aux membres des deux groupes, à la maison de disques et à quelques proches. Guglielmi parle de sept exemplaires, tout en reconnaissant que Pirelli pouvait avoir légèrement exagéré le chiffre.
Gianni Maroccolo rapporte une histoire très similaire, mais parle d’environ dix exemplaires présentant ces taches caractéristiques.
Il existe donc une petite différence entre les témoignages.
Le point important est en revanche parfaitement cohérent : il existe quelques exemplaires originaux présentant une constellation de taches colorées qui constitue une variante extrêmement recherchée par les collectionneurs des Litfiba et de la new wave italienne.
Ma copie ne présente pas ces taches.
Elle possède le vinyle transparent uniforme correspondant à la version commerciale normale.
Comment reconnaître l’édition originale d’Amsterdam ?
Pour identifier une copie originale, plusieurs éléments doivent être vérifiés ensemble.
Le premier est le numéro de catalogue :
IR-NP XL 1004
Il faut ensuite vérifier l’étiquette, le format 12 pouces à 45 tours, la couverture originale et son cadre autour de l’image de Boccioni, ainsi que la présence de l’insert avec les paroles et les crédits.
Le vinyle transparent est également un élément caractéristique de l’édition originale.
Mais il faut rester prudent : la présence d’un vinyle transparent ne suffit pas à elle seule à prouver qu’il s’agit de l’édition de 1985, puisque Amsterdam a fait l’objet de rééditions transparentes plusieurs décennies plus tard.
C’est précisément pour cette raison que je recommande toujours de croiser plusieurs indices : année, label, numéro de catalogue, graphisme, insert, format et caractéristiques physiques du disque.
Pour les collectionneurs qui souhaitent approfondir cette méthode, ma guide sur les pressages originaux des disques vinyles présente les principaux éléments à examiner.
Un disque sans code-barres
L’édition originale d’Amsterdam appartient à une époque où les codes-barres n’étaient pas encore un élément standard des pochettes de disques comme ils le deviendront ensuite.
La couverture originale ne comporte donc pas de code-barres.
Ce détail est intéressant pour replacer historiquement le disque, mais il ne suffit évidemment pas à prouver qu’une copie est une première édition.
L’absence de code-barres doit toujours être considérée avec les autres caractéristiques du disque.
J’ai consacré un autre article à l’histoire des codes-barres sur les disques vinyles, qui permet de mieux comprendre quand et pourquoi ils sont apparus sur les pochettes.
Dans le cas d’Amsterdam, cependant, le numéro de catalogue et les caractéristiques graphiques et physiques de l’édition sont beaucoup plus importants.
L’insert original
L’insert est l’un des éléments que j’apprécie particulièrement dans mon exemplaire.
Il contient les paroles des trois chansons ainsi que les crédits des musiciens et des personnes impliquées dans la production.
Pour un collectionneur, ce petit morceau de papier fait partie intégrante du disque.
Il permet non seulement de compléter l’objet original, mais aussi de mieux comprendre qui participait réellement à la réalisation des morceaux.
Dans le cas d’Amsterdam, l’insert constitue presque un instantané de la scène musicale florentine de 1985.
On y retrouve les musiciens des deux groupes ainsi que les personnes qui participèrent aux arrangements, aux enregistrements et à la production.
Les rééditions
L’histoire d’Amsterdam ne s’arrête évidemment pas à l’édition originale.
Le disque a connu plusieurs rééditions, ce qui rend aujourd’hui encore plus important le travail d’identification pour les collectionneurs.
En 2018, Contempo Records a notamment publié une nouvelle édition en trois couleurs : transparent, bleu et rouge, pour une production limitée totale de 1 500 exemplaires. Cette édition présente des différences graphiques par rapport à l’original, notamment l’absence du cadre entourant l’image centrale.
En 2020, une nouvelle édition en vinyle noir a également été publiée par Contempo Records, en 150 exemplaires numérotés à la main et sans l’insert original.
Ces rééditions sont intéressantes en elles-mêmes.
Mais elles montrent surtout pourquoi il faut être précis lorsque l’on recherche aujourd’hui un exemplaire original.
Un Amsterdam transparent acheté aujourd’hui n’est pas nécessairement celui de 1985.
Le numéro de catalogue, la pochette, l’insert et les autres caractéristiques doivent être vérifiés.
Pourquoi posséder réellement le disque change les choses
C’est finalement la raison principale pour laquelle j’ai voulu consacrer à nouveau un article à Amsterdam.
Une discographie peut nous apprendre quand un disque est sorti, qui l’a enregistré et quels morceaux il contient.
Mais posséder physiquement un exemplaire permet d’aller plus loin.
On peut regarder l’étiquette.
Observer le vinyle à la lumière.
Lire le numéro de catalogue.
Vérifier l’insert.
Comparer la couverture avec une réédition.
Et, parfois, raconter l’histoire de la manière dont cet exemplaire est arrivé dans notre collection.
Dans mon cas, cette histoire est très simple.
En 1985, j’ai réservé Amsterdam.
Puis je suis allé personnellement chez Contempo Records pour le retirer.
Je n’avais évidemment aucune idée, à l’époque, que je conserverais encore ce disque plus de quarante ans plus tard.
Je ne sais pas si mon exemplaire était le 50e ou le 999e.
Il n’est pas numéroté et il n’existe donc aucun moyen de le savoir.
Mais je sais qu’il appartient à cette première génération de copies transparentes.
Et c’est cette histoire qui, pour moi, donne une valeur particulière à cet exemplaire.
Amsterdam : un petit disque, une grande histoire
Amsterdam est un petit disque.
Trois morceaux, un 12 pouces, une pochette inspirée de Boccioni et une histoire de pressage qui continue de susciter les discussions entre collectionneurs.
Mais derrière ces quelques minutes de musique se trouve une partie importante de l’histoire du rock indépendant italien.
Il y a les Diaframma.
Il y a les Litfiba.
Il y a la I.R.A. Records d’Alberto Pirelli.
Il y a Florence et cette extraordinaire scène new wave des années 1980.
Et il y a aussi la France.
Car les Litfiba ont commencé très tôt à regarder au-delà des frontières italiennes, et la France a joué un rôle important dans leur développement international dès 1983. Amsterdam apparaît ainsi dans une période où les deux groupes commencent à sortir du cadre strictement italien.
C’est peut-être aussi ce qui rend aujourd’hui cet EP si intéressant pour un collectionneur français.
Ce n’est pas seulement un disque italien devenu rare.
C’est un petit témoignage physique d’une époque où une partie de la nouvelle musique italienne commençait à circuler en Europe.
Et lorsqu’on possède une copie originale, on peut encore aujourd’hui toucher cet objet, regarder le vinyle transparent à travers la lumière et se rappeler qu’il a été fabriqué à Florence il y a plus de quarante ans.
La musique reste la même.
Mais le disque que nous avons entre les mains raconte aussi sa propre histoire.
Et c’est précisément pour cela que je continue à collectionner les vinyles.


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